Le présent volume raconte la seconde partie de la campagne de Russie — phase décisive de la Deuxième Guerre mondiale — qui accumula plus de dévastations et de morts qu'on n'en vit à la fois sur tous les autres théâtres d'opérations. L'auteur jette un jour nouveau sur cette période critique qui se termina par l'anéantissement du militarisme nazi et ouvrit l'Allemagne à l'Armée rouge, jusqu'à l'Elbe.
Le récit commence en février 1943, au moment où s'enlisait la grande offensive que les Russes avaient lancée en novembre 1942 pour encercler et écraser les troupes allemandes de Stalingrad. Le front s'étant déplacé de plus de 300 kilomètres vers l'ouest, les Russes étaient à court de ravitaillement et à bout de souffle. Mais il n'était pas question de s'arrêter. Poussées par la rivalité de leurs chefs ambitieux et par le dogmatisme inflexible de leurs commissaires politiques, les unités de pointe de l'Armée rouge entrèrent à Kharkov — et y furent prises au piège. Après trois semaines de bataille, les Allemands annoncèrent qu'ils avaient tué 23000 hommes et pris 615 chars et 354 canons.
Joseph Goebbels, ministre de la Propagande du Reich, qui avait passé presque tout l'hiver à expliquer les défaites de la Wehrmacht, était au comble de la joie. « Le rouleau compresseur bolchevique», écrivit-il le 13 mars dans son journal, «a été contraint de s'arrêter, et les Allemands ont accompli un nouveau miracle. Ils ont conjuré à l'Est la montée des périls. Tous ceux qui l'hiver dernier ont vécu dans la crainte et l'anxiété se sentent renaître. »
Hitler n'était pas moins enthousiaste. Croyant que l'armée allemande se comporterait l'été suivant à Koursk comme elle l'avait fait à Kharkov, il négligea deux faits majeurs: premièrement, la victoire de Kharkov n'avait été acquise qu'en manoeuvrant habilement un ennemi épuisé, qui avait dangereusement étiré ses lignes de communication; deuxièmement, les Russes avaient déjà montré qu'ils savaient dans la défensive faire preuve d'une opiniâtreté exceptionnelle — même contre un ennemi supérieur en nombre. En outre, le saillant de Koursk étant le plus prévisible de tous les objectifs, toute attaque allemande lancée contre lui dégénérerait en une gigantesque bataille de positions, comparable à Verdun ou à Stalingrad, alors que Hitler n'avait plus les moyens, ni en quantité ni en qualité, d'imposer sa volonté.
La formidable mêlée qui s'engagea le 5 juillet 1943 fut la
plus grande bataille de chars de l'Histoire. Ce fut aussi la dernière grande offensive de Hitler à l'Est. En dix jours à peine, les blindés allemands furent anéantis et l'initiative passa irrévocablement aux stratèges soviétiques.
Toute l'armée allemande, jusqu'au plus obscur de ses soldats, sut qu'une catastrophe venait de se produire. Le commandant Erich Roederer, officier de la 3e panzerdivision qui avait vécu la débâcle de Koursk, m'a raconté voilà quelques années qu'il éprouvait encore de la peine à s'expliquer l'ampleur de la défaite allemande. «Vous devez bien comprendre, me dit-il, que ce fut psychologiquement un coup terrible. Nous savions que l'hiver était toujours pénible et que les Russes se battaient très bien dans leur élément. Mais cette bataille eut lieu en été. Nous avions tout jeté dans la mêlée, tout notre matériel le plus moderne. C'était le genre de bataille auquel nous nous étions préparés dès l'entrée à l'école d'officiers. Et nous avons été battus... »
Les lignes allemandes étaient désormais menacées au sud et au centre. Le maréchal von Manstein, qui commandait le groupe d'armées Sud et comptait parmi les meilleurs stratèges de la Wehrmacht, supplia Hitler de l'autoriser à se replier sur le Dniepr. A l'époque Hitler était encore obsédé par le succès qu'il avait personnellement remporté pendant l'hiver 1941-1942 en rétablissant la situation aux portes de Moscou, parce qu'il avait ordonné à ses troupes de s'accrocher à leurs positions. Mais la volonté ne suffirait pas cette fois à sortir de la crise. Le 15 septembre, Hitler se décida enfin à autoriser la retraite. Trop tard !
A l'approche de l'hiver 1943-1944, l'armée allemande était accablée et démoralisée. Torturée par le souvenir de ses victoires, elle battait en retraite dans un paysage pétrifié. Toujours inférieure en nombre. Toujours a court de carburant et de munitions. Et l'ennemi toujours sur les talons. Même le fanatique Goebbels, qui maniait sans cesse la plume dans son lointain bureau de Berlin, ne put s'empêcher de céder au découragement. La campagne de l'Est, écrivit-il le 2 novembre dans son journal, a déjà coûté trois millions d'hommes à l'Allemagne. «Certes, les Soviétiques ont eux aussi subi des pertes effroyables, mais leur situation est bien meilleure que la nôtre. Nous devrons un jour ou l'autre renoncer à cette hémorragie sans espoir. Autrement, nous courrons le risque de nous saigner lentement à l'Est. »

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