Sortie de la tourmente de 1914-1918 sans grands dégâts matériels, La Roche se modernisait en passant de 6 hôtels à 40 établissements où les villégiateurs trouvaient gîte et bon accueil. La ville se hissait au rang de première cité touristique de la province du Luxembourg. Au point de vue commercial, il y existait ce qui caractérise l’activité économique de tout centre : boulangeries, boucheries, pâtisseries, cafés, restaurants, magasins d’alimentation, de textile, horlogeries-bijouteries et même un bazar, tenu par la famille Dewalque.
De plus, la ville comptait une douzaine de cultivateurs disposant d’un attelage. Chaque ménage avait son lopin de terre, exploité comme jardin potager et une portion de taillis obtenue en vente publique. Cinq voituriers également qui, avec des attelages de deux ou trois chevaux, transportaient les grumes vers les scieries et le bois scié vers la gare du vicinal. Bon nombre d’ouvriers étaient bûcherons et cultivateurs, selon les saisons. Au printemps, ils pelaient : ils écorçaient les jeunes chênes des taillis pour constituer des /atv d’écorces longs de 2 mètres ; ils étaient vendus aux tanneries pour en faire du tan, matériau nécessaire à cette industrie afin d’obtenir un cuir solide et de bonne qualité. Le chêne pelé, dénommé pelwai, était dur, économique et se vendait à un prix supérieur à tout autre bois. Ensuite, les bûcherons essartaient les espaces déboisés. Ils arrachaient le gazon et, avec les branchettes et le bois mort, ils édifiaient des fourneaux qui se consumaient durant des jours. Les cendres étaient répandues sur le sol, on semait, on recouvrait les graines qui, l’été suivant, donnaient du seigle, base du bon pain gris ardennais. Des petits bois, des ramilles, ils faisaient des fagots, des wates, des veloutés, des faguennes, qui étaient expédiés via le vicinal.
En automne, les résidents arrachaient les pommes de terre, travail qui prenait un certain temps car tout se faisait à la main. Nombreux étaient ceux qui avaient un djurnâ, ce qui équivalait à 4 qwârts d’environ 9 ares. Après l’arrachage des pommes de terre, beaucoup partaient travailler dans les sucreries où, par équipes, ils déchargeaient les wagons de betteraves, ce qui leur procurait un solide viatique pour l'hiver.
D’autres ouvriers travaillaient dans les tanneries locales, mais cette industrie autrefois florissante et grande consommatrice de tan, périclitait et disparut bientôt de la région, concurrencée par la production qui employait des produits chimiques en remplacement du tan. Petit à petit, les tanneries Bastogne, Fisson, Halleux, Maréchal, Orban, Racot, Taillard et Van der Weyen cessèrent toute activité ; seule la tannerie Bechet, située au Val du Bronze et qui fournissait spécialement à l’armée belge, subsista jusqu’en 1940.
La Roche comptait une autre industrie : la poterie de grès bleu (1). Sa spécialité était la fabrication de pots, cuits au bois, pour la conservation du beurre et des œufs et dont la capacité se calculait en comptes, unité équivalant à plus ou moins 80 centilitres. Cette industrie datait de 1836, introduite par Hoffman et maintenue jusqu’à nos jours par le travail et la persévérance de la famille Kalb. Notre dernier potier, Joseph Kalb, est diplômé maître-potier et il pourrait vous montrer ses titres attestant ses hautes qualités professionnelles.