Il y a 40 ans.
40 ans déjà.
Et je n’ai pas 40 ans.
Jamais mes parents ne m’ont parlé de grande guerre, ou de drôle de guerre. Mais de souffrance, de privation, d’humiliation, de peur, de faim. Jamais de bons moments.
Les perquisitions se sont multipliées au cours des quatre ans d’occupation. Les menaces jusqu’au peloton d’exécution et le miracle d’être épargnés ! Ils les ont vécus !
Eux aussi, habitant près de la Kommandantur, ils ont vu défiler de nombreux prisonniers qui ne revinrent jamais. Eux aussi ont réussi à libérer des hommes d’une mort certaine. Eux aussi ont aidé la Résistance.
Et pourtant, tous ces actes, dangereux, paraissent bien dérisoires face à l’ampleur d’une guerre qu’ils n’avaient jamais voulue. Face à l’horreur des guerres.
Il y a 40 ans.
40 ans déjà.
Combien de soldats, d’un camp ou de l’autre, sont tombés au champ d’horreur, comme dit Brel ? Combien n’avaient pas encore leurs 20 ans ? Combien rêvaient d’un avenir plein de promesses ? Combien de rêves furent anéantis ? Combien d’hommes, de femmes et d’enfants furent emportés par l’infernale course du meurtrier ?
Il y a 40 ans.
40 ans déjà.
Je n’ai pas vécu cela.
Heureusement.
Mes parents m’ont parlé de la Guerre.
Mes parents m’ont parlé de la Libération.
Depuis des semaines le ciel se couvrait d’avions venus de l’Ouest.
Clandestinement la radio apportait de bonnes nouvelles, l’espoir.
Le débarquement réussissait.
Les arrestations aveugles se multipliaient. Les exécutions aussi.
A Verviers, la nervosité de la Kommandantur augmentait.
Tout indiquait le changement.
Il y a 40 ans.
C’était le 9 septembre.
On savait. Toute la ville savait qu’ils étaient là. Ils stationnaient sur les hauteurs de Hodimont. Mais qu’attendaient-ils donc pour entrer dans Verviers et libérer la ville ? Pourquoi ne pas gagner du temps et empêcher tout repli de l’ennemi ?
Ils, les délivreurs. Ils, les héros. Ils, les Américains.
Et à midi trente, ils se sont enfin décidés. Quelques tirs échangés. Quelques coups de canon. Une poche de résistance ici ou là.
Et Verviers était libre. Pouvait-on y croire ? Le rêve existe-t-il ?
40 ans déjà.
Mes parents m’ont raconté la libération. Longuement. Avec détails. Le souvenir meilleur.
La joie succédait à la souffrance. L’espoir changeait le visage, chassait l’angoisse. La foi repoussait le désespoir.

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