Paris avait été libérée le 25 août 1944. Avec une grande délicatesse, les Alliés avaient laissé les troupes de la IIe Division Blindée du général Leclerc entrer les premières dans la capitale française sur les chars américains.
Les Bruxellois attendaient leur tour avec une impatience croissante. Ils ne se gênaient plus pour la faire sentir aux occupants. Et, d’ailleurs, la plupart de ces derniers étaient plus préoccupés de faire rapidement leurs bagages que de s’inquiéter des traits qui leur étaient lancés.
L’un d’entre eux se pratiquait dans les trams. Un voyageur lançait à un de ses amis, généralement à l’autre bout du wagon: « Alors, tu es prêt. Nous allons la semaine prochaine à Paris... ? »
L’esprit frondeur et « zwanzeur » des Bruxellois ne perdait jamais ses droits. « Ainsi, raconte Marianne de Naeyer, je devais aller au Kwartieramt, sis au coin du Botanique et de la place Rogier. L’armée allemande ayant réquisitionné pour des officiers un certain nombre d’appartements gérés par ma société immobilière, j’avais pour mission de m’y rendre mensuellement pour retirer les bons de réquisition.
Quand j’y arrive, au début de ce mois de septembre, je constate que, partout, ce ne sont que caisses ouvertes, dossiers qu’on empile comme on peut, etc. Le responsable était un homme assez âgé qui parlait fort bien le français quoiqu’avec un accent prononcé. Après m’avoir remis les papiers, il me dit :
— Voilà. Au revoir. Je vais quitter Bruxelles. Les « mademoiselles » ( allusion aux employées allemandes ) sont déjà parties.
Et je vais les suivre ».
Tout sourire, je lui répondis :
« Et bien, bon voyage de retour dans votre pays ! ». Ce qui entraîna une certaine hilarité dans la file, derrière moi... ».
Le 3 septembre, dans l’après-midi, les premiers éléments anglais, dans lesquels servaient quelques Belges, entrèrent dans Bruxelles, par Uccle. D’autres unités pénétraient, dans la soirée, en ville. La prudence restait de rigueur car un groupe d’irréductibles s’étaient barricadés en quelques endroits de Bruxelles et voulaient encore en découdre.
Ils furent vite neutralisés.
Quelques affrontements entre Résistants et soldats allemands en retraite firent encore des victimes, cette nuit-là.
Bruxelles étant devenue ville ouverte, de facto, le lendemain la foule descendait dans les rues. La fête commençait
Les principales artères et même des petites rues étaient noires de monde. Les soldats alliés étaient follement acclamés, embrassés, cajolés.
L’après-midi de ce 4 septembre, des milliers de Bruxellois s’étaient rendus rue Royale pour accueillir les soldats belges de la Brigade Pirón. Leur arrivée entraîna un véritable délire.
La foule enthousiaste voulait absolument toucher ces hommes qui avaient traversé la Manche pour continuer la lutte, au moment où la majorité des Belges étaient encore sous le choc de la victoire allemande.
Dans les familles où un jeune homme avait « disparu » au début de la guerre, son retour causait la joie que l'on imagine à peine. Avoir été pendant des années sans nouvelles d’un des siens, en le sachant occupé à se battre, cause des inquiétudes abyssales. Aussi la joie des retrouvailles était-elle proportionnelle aux inquiétudes. Quant à ceux qui n’avaient pas de famille à Bruxelles ou dont les proches étaient encore en zone occupée, ils trouvaient des tas de « cousins » dont ils n’avaient jamais entendu parler [...]

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