La mémoire est la santé du monde. Sans elle, nous serions prisonniers à jamais de l’Eternel Retour, prisonniers de nos cruautés, prisonniers de nos indifférences. Relisez Kundera « L’insoutenable légèreté de l’être ». Sans mémoire, on joue sans fin le passé, comme ces ânes aveugles que l’on oblige sous la chaleur à courir autour du puits pour faire monter l’eau des profondeurs.
La mémoire est la petite voix qui, nous répétant « jamais plus », nous ouvre la porte du présent, un présent tout neuf, libéré de cette malédiction qu’est la Répétition éternelle.
C’est assez dire qu'il ne faut pas tricher avec la mémoire, pas choisir dans la mémoire. La mémoire est une planète, une planète entière dont les historiens sont les explorateurs. Au fond, les historiens sont les géographes d’une planète nommée Passé.
Je salue Nantes qui ose se souvenir de tout. Elle fut négrière, comment l’excuser? Mais d’autres villes assassinèrent leurs juifs, leurs protestants, et préfèrent enfouir ces horreurs au plus profond d’elles-mêmes.
Je salue Nantes : plus elle se souvient, plus elle s’ouvre au monde. C’est que la vérité, présente ou passée, agrandit toujours celui qui en prend le risque. Anneaux de la mémoire : anneaux d’hier, aux chevilles des esclaves; aujourd’hui anneaux d’une autre chaîne, celle qui servit à remonter l’ancre de Cargo 92, le bateau plein de musiques qui a soulevé d’enthousiasme l’Amérique Latine.
Nantes montre l’exemple ; il faut redonner de la couleur à l’Atlantique. Inventons un nouveau commerce triangulaire. La mémoire n’est pas seulement la santé du monde : c’est le terreau des rêves.

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