La carte des chemins de Saint-Jacques fut souvent comparée à un réseau hydrographique dont les ruissellements multiples sourdent en tout point du continent européen, grossissent, convergent et confluent pour aboutir enfin en un fleuve unique au Campus Stellae du Finistère de Galice.
Durant des siècles, une même source alimenta cet écoulement : la foi. Motivation assez puissante pour jeter des millions de pèlerins hors de chez eux pendant plusieurs mois, sur des chemins semés d’embûches, avec au bout de la route rien d’autre que le tombeau présumé de l’apôtre Jacques.
Le positivisme moderne et le confort des transports mécaniques faillirent avoir raison de l’antique pulsion pérégrine. Progressivement, les sources multiples se tarirent et le pèlerinage de Saint-Jacques-de-Compostelle rejoignait inexorablement le pays des légendes dans notre mémoire collective.
Or, voilà qu’en ce xxe siècle finissant lentement, mais sûrement, se réamorce l’ancienne tradition. D'abord modeste suintement, le flot grossit et se gonfle, redonnant vie aux chemins, peuplant chaque jour de pèlerins de plus en plus nombreux les sanctuaires et les gîtes d’étape. Bien sûr, nous sommes encore loin du millier de jacquets accueillis quotidiennement à Saint-Jean-Pied-de-Port à l’apogée du pèlerinage, mais déjà les registres tenus à la Maison du pèlerin témoignent sans conteste de l’ampleur et de l’accélération du phénomène. Saint-Jacques-de-Compostelle savoure sa renaissance et aborde le xxie siècle avec l'espérance d'une gloire retrouvée, désormais étendue à l'ensemble de la planète.
Une question ne manque pas de se poser : Qu’est-ce qui motive les pèlerins du IIIe millénaire ? La foi certes, encore et toujours pour beaucoup d'entre eux, mais une foi différente de la croyance des jacquets de l’an mil. On ne va plus à Compostelle pour sauver son âme, mais plus probablement pour la trouver ou la retrouver au fond de soi. Or, cette voie d'un ressourcement, d’une recherche de soi-même, du sens de sa propre vie, les croyants ne sont pas les seuls à l’emprunter. D’autres, « qui ne croient pas au ciel », éprouvent ce désir de rompre avec l’agitation et le matérialisme de la consommation de masse pour retrouver en eux la trace d’un chemin perdu quelque part dans les méandres de la vie. La randonnée se fait pèlerinage, le marcheur devient jacquet, l’étoile de Compostelle donne l’angle de marche.
Qu’importe après tout les motivations du départ, le pèlerinage est une énigme qui se résoud chemin faisant. A chacun sa réponse. Certains qui cherchent Dieu ne trouvent que la fatigue de la marche, d’autres le rencontrent sans l'avoir espéré. Tous découvrent en accédant au tombeau du saint apôtre qu’ils avaient d’abord rendez-vous avec eux-mêmes. Peut-on trouver plus forte raison pour devenir jacquet et se mettre en chemin ?

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