En visitant, ce premier dimanche de septembre 1974, les plages de Normandie où se déroulèrent, à partir du 6 juin 1944, les durs combats du débarquement, l'idée m’est venue, en parcourant un des nombreux musées rappelant ces glorieux événements, de retrouver des documents, des photos, des témoins de la libération de ma commune d’adoption : GILLY.
Si je me souviens encore (j’avais 5 ans à peine !) des premiers blindés anglais pénétrant à LEUZE, ma commune natale, de l'atmosphère de liesse populaire, des grimpettes sur les autochenilles, des morts aussi, allemands ou résistants, et de bien d'autres petits ou grands événements d'alors, d'autres jeunes de mon âge et à fortiori des adultes doivent se souvenir, eux aussi, de ce qui s’est passé à GILLY.
Trente ans se sont passés, et il faut bien constater que les souvenirs commencent à s’estomper dans beaucoup de mémoires : quel jour les Américains sont-ils entrés à GILLY ? Quelle heure était-il ? D’où venaient ces Américains ? Que faisaient les Allemands ? Etc., etc. Les réponses se font évasives et variées. Des photos d’époque ? Des documents ? Des documents ? Des journaux ? Les fonds de grenier se sont malheureusement vidés chez beaucoup. Trente ans, vous vous rendez compte !
Et pourtant, ce lundi 4 septembre-là, vers 17 h. 30, ils étaient des centaines puis des milliers à respirer mieux, à crier ou pleurer de joie, à applaudir, à toucher des doigts ces blindés américains qui passaient dans leurs rues. Malgré quatre années sous la botte hitlérienne, la population n'avait jamais tout fait douté de la victoire finale, avait certes parfois craint le pire mais, depuis le 6 juin, était de plus en plus confiante. Beaucoup des siens se battaient dans l’ombre, plus d’un perdit la vie : comment encore ? Seuls des proches le savent peut-être plus ou moins. Trente ans se sont passés, et les jeunes Gilliciens ne savent rien, eux, de ce 4 septembre 1944 et des premiers jours de notre libération. Chaque année, on leur rappelle bien, à certaines dates, qu'il s’est passé quelque chose, mais pas de détails sur les grands événements de l’histoire gillicienne. Bien sûr, qu’importe, dans le fond, si c’était la 3me D.B. américaine ou une autre qui nous libéra, si elle venait de Ransart ou d’ailleurs, si le lundi matin le Collège Echevinal se réunissait déjà, si l’épuration des collaborateurs était entreprise, etc.
Quand est paru un livre sur la Libération de Charleroi, j'étais déjà en possession d’une trentaine de photos inédites et de documents se rapportant à notre libération et j’ai cru devoir publier un album-souvenir de Gilly pour le trentième anniversaire. La recherche d'autres documents manquants, la vérification de témoignages et de documents, l’espoir d’obtenir d’autres photos ou documents, les moyens financiers, tout cela m'a obligé à différer la sortie de cet album-souvenir. Mais il est en voie de réalisation, même s’il vient tard, il ne viendra jamais trop tard, et je voudrais que ce soit une modeste contribution à la commémoration d’événements qui appartiennent à l’Histoire de notre commune.