À
peine le canon s'était-ils tu à Waterloo que l'on éprouvait le besoin de réunir dans un dictionnaire les biographies des héros de l'épopée qui venait de s'achever sur une dernière charge de cavalerie et une ultime trahison de Fouché.
Laissons de côté Eymery et son Dictionnaire des girouettes, ouvrage essentiellement pamphlétaire, pour ne retenir que la Biographie des hommes vivants lancée par Michaud en 1816 et la Biographie nouvelle des contemporains ou dictionnaire historique raisonné de tous les hommes qui depuis la Révolution française ont acquis de la célébrité, œuvre rédigée à partir de 1820 par Arnault, Jay, Jouy et Norvins qui avaient été acteurs autant que spectateurs des événements écoulés.
Riches en renseignements de première main, ces ouvrages manquaient pourtant du recul nécessaire pour apprécier l'action politique des hommes d'État ou la valeur littéraire des écrivains retenus. Trop d'événements échappaient aux auteurs, faute de pouvoir consulter les archives. Au demeurant la rigueur scientifique n'était pas leur souci primordial, et ils devaient compter avec la censure du temps.
Les informations contenues dans ces recueils biographiques furent reprises dans les dictionnaires, de plus vaste ambition, apparus au cours de la seconde moitié du xixe siècle : la Nouvelle biographie générale publiée sous la direction du docteur Hoefer entre 1853 et 1866 et surtout le Grand Dictionnaire universel du xixe siècle mis en œuvre par Pierre Larousse entre 1865 et 1888.
Vint ensuite le temps des dictionnaires spécialisés où les renseignements étaient désormais contrôlés par un recours constant aux sources et où l'objectivité devint peu à peu la règle (rappelons que le Larousse faisait « mourir » Bonaparte... en Brumaire à Saint-Cloud !). Citons le
Dictionnaire des parlementaires français de 1789 à 1799, sous la direction de Robert, Bourloton et Cougny (commode, mais imparfait pour beaucoup d'articles), le
Dictionnaire des conventionnels de Kuscinski et surtout le
Dictionnaire des généraux et amiraux français de la Révolution et de l'Empire publié par Georges Six en 1934 (fondamental mais limité aux états de service).