A la fin du XIXe siècle, en Belgique et à Bruxelles en particulier, l'Art Nouveau s'est voulu d'emblée l'expression du renouveau esthétique en symbiose avec l'évolution scientifique et technique, l'expansion économique et le progrès social. Inventé par des artistes qui ont immédiatement connu une renommée internationale, il a été soutenu par une génération dynamique et peu encline au spleen ambiant. La ligne en coup de fouet de Victor Horta exprime la tension dynamographique de l'architecture organique, pour reprendre une expression chère à Henry Van de Velde, tandis que Paul Hankar et Gustave Serrurier-Bovy illustrent la tendance géométrique, japonisante, facile d'exécution, et par là, accessible à un plus grand nombre, L'Art se veut alors pour tous, dans la rue, pénètre les maisons du peuple. Les concours d'affiches, d'enseignes, de façades participent d'une fierté d'embellissement largement partagée. Mais lorsqu'il devient populaire l'Art Nouveau n'intéresse déjà plus ses pères fondateurs.
L'Art Déco ne procède d'aucune idéologie, si ce n'est celle d exorciser l'horreur de la Grande Guerre et de rejeter la société qui en est responsable: l'insouciante Belle Epoque avec ses falbalas, ses ^ous-frous et son Art Nouveau, cet ultime feu d'artifice du «stupide» XIXe siècle.
L'Art Déco ne se veut pas réformateur de la société et l'engouement qu'il suscite n'est pas lié à la présence d'artistes célèbres. Au contraire, si nombre d'architectes figurant au panthéon des gloires architecturales du XXe siècle s'y sont essayés, ce fut, dans la plupart ces cas, pour le regretter par la suite. L'avant-garde d'alors se méfie ce éclectisme, mauvais support pour sa propagande, et elle associe volontiers les arts décoratifs au mensonge et à la tromperie. En 1924, devançant l'exposition des Arts Décoratifs de Paris, Le Corbusier, dans un livre polémique,
L'Art Décoratif aujourd'hui, promulgue «la loi du Ripolin» et du «lait de chaux» qui implique de penser sur fond blanc.
Il me revient combien Louis Herman De Koninck, le plus talentueux des architectes modernistes belges ne parlait qu'avec réticence de ses débuts marqués du sceau de l'Art Déco.