A ne pas connaître l’histoire, on se condamne à la refaire perpétuellement. C’est du moins ce que vaut une boutade à succès souvent illustrée d’ailleurs par une comparaison hâtive entre les années 90 et les années 30. Il est remarquable à cet égard que beaucoup considèrent les années 90 comme une répétition, parfaitement identique, des années 30, les tentations d’aujourd’hui offrant un écho parfait du chant des sirènes qui aurait attiré une génération antérieure jusqu’au bord du gouffre.
Selon la perspective et la vision scientifique essentiellement économiques qui sont les nôtres, nous avons toujours mis en cause un modèle «récurrent» de l’histoire manié bien trop légèrement et sans esprit critique. Un tel modèle part de la supposition que chaque période historique serait la répétition «impuissante» d’une période antérieure, les minimes écarts enregistrés figurant dans un paradigme de relative ressemblance plutôt que comme différences signifiantes. Comme s’il était possible en quelque sorte de confirmer, à titre posthume, Schopenhauer en son ewigen Wiederteehr des Gleichens.
Voici déjà 130 années que la cger assiste en tant que témoin privilégié et, parfois aussi, protagoniste, aux flux et reflux d’innombrables mouvements politiques et économiques. Il ressort de cette expérience que chaque crise et chaque relance économiques montrent à tous les coups les mêmes effets mais que le champ des causes est particulièrement hétérogène et donc imprévisible. Le chemin parcouru n’a de sens que pour celui qui regarde par-dessus son épaule; à prédire le futur par une simple extrapolation du passé, on s’expose à être très rapidement rejoint et dépassé par la réalité même.
Partant d’une telle conception,la cger s’est assigné la tâche gigantesque de confronter la représentation contemporaine des différentes décennies de l’histoire la plus récente à une certaine forme de critique postmodeme et déconstructiviste. C’est ainsi que les «folles» années 20 ont déjà été à l’honneur, tout comme les années de la guerre et les années 50. En toute logique, les questions qui se posent demeurent les mêmes: l’image que nous avons du passé récent est-elle correcte? Jusqu’à quel point cette image n’est-elle pas une projection, une illusion, un discours purement narratif auxquels aucune réalité palpable ne correspond?
Essayant de répondre à ces questions, la cger s’est fondée sur la thèse selon laquelle l’histoire est plus qu’une simple addition des éditoriaux, des commentaires et des titres des journaux de ces années-là. Le ferment de l’histoire, sa dynamique silencieuse se situent à un niveau plus profond. A ce niveau, qui est essentiellement celui d’une archéologie du sens et de l’attribution d’un sens, l’ultime «coup de reins» de Poeske Scherens au Palais des Sports d’Anvers tout comme les slogans rhétoriques lancés par Léon Degrelle dans ce même Palais des Sports méritent à juste titre d’être retenus; à ce niveau, nous sommes en même temps auditeurs et partie prenante des premières émissions radiophoniques où nous nous trouvons exposés à la tentation de répondre à des questions difficiles par des réponses faciles.

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